Épisode 2 – Les intestins en guerre

Nos enquêtes podcasts • 27/10/2026 • 12 min

Et si l’on pouvait agir sur l’inflammation en réorientant le métabolisme d’une molécule ?

Dans ce deuxième épisode du podcast Unysphère, des équipes d’experts Unys explorent le rôle du tryptophane, une molécule issue de notre alimentation, dans les mécanismes de l’inflammation intestinale.

Au cœur de l’épisode : les recherches de David Moulin menées avec ses partenaires, notamment le Pr Harry Sokol. Leurs travaux étudient comment une enzyme, l’AADAT, pourrait favoriser la production de molécules protectrices et contribuer à rétablir certains équilibres biologiques.

Des résultats prometteurs ont été obtenus chez l’animal, notamment dans des modèles d’inflammation intestinale et articulaire. Une piste de recherche qui doit encore franchir plusieurs étapes avant d’envisager une application chez l’humain.

Un éclairage scientifique pour mieux comprendre les mécanismes de l’inflammation et les nouvelles approches explorées par la recherche.

  • Santé
  • Transcription textuelle

    Unysphère – Épisode 2 : Les intestins en guerre

    [INTRO SONORE :
    Bruitage de vent léger dans un couloir, pas feutrés, machine à café, bruissement de pages.]

    Ahmed (voix discrète)
    — Hé Hélène, t’as vu Maxime ce matin ?

    Hélène
    — Non, pourquoi ? Il n’est pas là ?

    Ahmed
    — Il est chez lui. Encore. C’est la troisième fois ce mois-ci. Et cette fois, il dit que “ses intestins ont déclaré la guerre”.

    [Transition sonore : son de notification qui vibre”]

    Hélène (voix off, amusée mais concernée)
    — Maxime. Notre collègue bioinformaticien ? Celui qui ne jure que par les burritos et le café triple espresso ? Visiblement, son système digestif a décidé de rendre les armes.

    Ahmed (chuchotant)
    — Tu crois que c’est les burritos ?

    Hélène
    — C’est possible que ce soit plus profond. Il existe des maladies qui touchent directement le tube digestif, tu sais. Pas juste des crampes passagères, mais une sorte d’inflammation permanente.

    Ahmed
    — Genre… le ventre qui s’enflamme ?

    Hélène
    — Exactement. L’intestin devient hyper sensible, irrité. Il gonfle, il réagit à tout. Et au final, c’est le corps entier qui fatigue.

    Ahmed
    — Mais pourquoi ça s’emballe comme ça ?

    Hélène
    — C’est ce qu’on va essayer de comprendre. Et si on partait à l’intérieur, pour voir ça de plus près ?

    Ahmed (joueur)
    — Tu veux dire… qu’on plonge dans les entrailles de Maxime ?

    Hélène
    — Mission intestins. On descend dans le ventre, on suit les indices, et on tente de rétablir la paix.

    [TRANSITION SONORE — bruit de machine, vibration douce, puis glissement organique comme un toboggan.]

    IMMERSION DANS L’INTESTIN — sons humides, gargouillis, souffles internes doux, bruissement biologique. Et bruit de pas sur une surface humide et spongieuse.

    Hélène (voix off, calme et curieuse)
    — Bienvenue dans un monde vivant. Ici, c’est l’intestin. Un tunnel long de près de huit mètres, enroulé comme un serpent dans notre ventre qui suit notre estomac. Et sur ses parois : des milliards de micro-organismes : le microbiote. Des bactéries qui nous aident à digérer, à fabriquer certaines vitamines… et même à nous défendre contre les maladies.

    Ahmed (émerveillé, mais un peu dégoûté)
    — J’pensais pas que l’intérieur de Maxime serait… aussi vivant. Ni aussi bruyant.

    Hélène
    — Ce qu’on cherche ici, c’est une molécule clé. Une sorte de messager chimique. Elle s’appelle le tryptophane.

    Ahmed
    — Trypto… quoi ?

    Hélène
    — Tryptophane. C’est un petit morceau de protéine. On le trouve dans les œufs, le riz, le chocolat. Une fois avalé, il passe par l’intestin. Et là, il peut prendre plusieurs routes. Certaines bonnes. D’autres, moins.

    Ahmed
    — Attends. Tu veux dire que cette mini-molécule peut changer le cours des choses dans le corps ?

    Hélène
    — Oui. Selon le chemin qu’elle emprunte, elle peut aider à calmer les inflammations, ou au contraire, les aggraver.

    Ahmed
    — Donc si Maxime a mal au ventre, c’est peut-être parce que son tryptophane a pris la mauvaise route ?

    Hélène
    — C’est l’hypothèse. Et il y a un chercheur, David Moulin, chercheur au CNRS au laboratoire IMOPA et expert Unys, qui travaille avec le Pr Harry Sokol, un expert de l’inflammation intestinale et du microbiote et tous deux pensent qu’on pourrait réorienter cette molécule. La guider pour qu’elle fasse du bien, pas du mal.

    [SON — signal lumineux, comme une idée qui s’illumine.]

    Ahmed
    — Bon. On a notre mission. Suivre le tryptophane. Trouver où il dérape. Et l’aider à rentrer dans le droit chemin.

    Hélène
    — C’est parti. On se prépare à traverser des territoires un peu hostiles. Là où l’inflammation s’installe, et où les cellules perdent le contrôle.

    [SON— grondement lointain, comme un orage qui monte dans le corps.]

    Ahmed (voix feutrée, un peu tendue)
    — Euh Hélène… Tu sens ce changement d’ambiance ? C’est plus chaud, plus dense, presque électrique.

    Hélène
    — On a quitté les zones calmes. Ici, l’air est chargé. Les cellules s’activent. Les murs de l’intestin deviennent poreux, irrités. C’est ce que vivent des milliers de personnes chaque jour, sans le voir. Leur corps s’enflamme… de l’intérieur.

    [SON – vibration montante, comme un feu chimique.]

    Hélène
    — Et tout part d’un déséquilibre. Rappelle-toi : notre fameuse molécule, le tryptophane, peut prendre plusieurs chemins. L’un d’eux, dans les corps malades, mène à une substance qui énerve les cellules. On l’appelle, entre nous, scientifiques, le perturbateur.

    Ahmed
    — Et lui, c’est genre… le fauteur de trouble moléculaire ?

    Hélène
    — Exactement. Quand il arrive, les cellules du système immunitaire s’emballent. Elles réagissent comme si une menace approchait. Mais ici, il n’y a pas de virus. Juste un message mal interprété.

    [SON – alarmes douces, bips d’urgence feutrés, cellules qui “crient”.]

    Ahmed
    — Résultat : ça envoie des signaux dans tous les sens. Les cellules se battent entre elles ?

    Hélène
    — Pas loin. Elles produisent des substances inflammatoires, attaquent les parois intestinales, créent des micro-blessures… et tout devient plus fragile. C’est comme vivre avec une ampoule aux pieds qu’on rouvre tous les jours.

    Ahmed (ému)
    — Mais c’est épuisant pour le corps, ça…

    Hélène
    — Ça l’est. Et pire encore : pendant que ce perturbateur prend toute la place, les molécules “gardiennes” disparaissent. Celles qui, normalement, calment, réparent, et protègent.

    [SON — chœur discret, comme un vent qui s’éteint. Silence.]

    Ahmed
    — Attends. Il y a des molécules qui apaisent… mais elles ne sont plus là ?

    Hélène
    — Oui. C’est là que David et Harry ont fait une découverte capitale. Ils ont remarqué que chez les patients malades, les molécules protectrices sont en chute libre. Elles sont censées soutenir les cellules, aider à leur régénération… mais elles manquent à l’appel.

    Ahmed
    — Et sans elles, le corps est livré à lui-même ?

    Hélène
    — Exactement. Le feu s’installe. Et la fatigue, la douleur, la perte de poids… deviennent le quotidien.

    [SON – retour d’une pulsation plus calme, mais brisée, irrégulière.]

    Ahmed
    — Mais ces molécules, on ne peut pas les remettre dans le système ?

    Hélène (voix posée)
    — C’est justement l’idée. Plutôt que de bloquer les symptômes, les chercheurs proposent de réparer le système de l’intérieur. Et pour ça, ils ont trouvé une clé.

    Ahmed
    — Une vraie ?

    Hélène
    — Une enzyme. Un genre de “chef de chantier moléculaire” qui réoriente le tryptophane vers le bon chemin. Celui qui crée les molécules protectrices.

    Ahmed
    — Et ça marche ?

    Hélène
    — Chez les souris, oui. L’intestin se répare. L’inflammation baisse. Les cellules retrouvent leur énergie. Le feu s’éteint doucement.

    [SON – souffle qui revient, ambiance qui s’éclaircit peu à peu.]

    Ahmed (souffle, ému)
    — Tu veux dire… qu’en rééquilibrant une simple transformation chimique… on peut soigner une inflammation entière ?

    Hélène
    — C’est une nouvelle manière de penser la maladie. Plutôt que de tout contrôler de force, on rétablit l’harmonie. On écoute le corps. Et on l’aide à se rééquilibrer lui-même.

    Ahmed
    — Ça ressemble à de la médecine… écologique.

    Hélène (sourire)
    — Et très, très précise. C’est une médecine de l’intérieur. De l’invisible.

    [SON – transition douce, sortie de la zone chaude.]

    Ahmed
    — Bon. Si je résume : le corps fabrique parfois un message chimique qui aggrave les choses. Et on a besoin d’une molécule guide, pour éviter que le tryptophane ne se perde en chemin.

    Hélène
    — C’est exactement ça. Et la molécule guide, ce n’est pas une potion magique… mais une enzyme. Un outil biologique capable de transformer une mauvaise trajectoire en un bon chemin.

    Ahmed
    — Et elle s’appelle comment, cette super-enzyme ?

    Hélène
    — AADAT. C’est un nom un peu barbare, mais son travail est simple : elle redirige. Elle prend les dérivés du tryptophane qui risquent de mal tourner… et les transforme en molécules qui apaisent.

    [SON — bruit de laboratoire : bulles douces dans un bécher, soupirs de gaz sous cloche.]

    Ahmed
    — Attends… ça veut dire qu’on pourrait injecter cette enzyme chez les gens malades ? Pour réparer leur intestin de l’intérieur ?

    Hélène
    — C’est ce que David et Harry ont testé. D’abord chez des souris atteintes d’une inflammation intestinale sévère mais aussi de façon plus surprenante encore dans l’inflammation articulaire !!!

    Ahmed
    — Et ça a marché ?

    Hélène
    — Oui. Après l’injection de l’enzyme, on a vu des effets impressionnants. Moins de pertes de poids. Moins de lésions sur les parois de l’intestin ou moins d’articulations atteintes. Et surtout, des signes que le corps retrouve un équilibre.

    [SON — pulsation régulière, qui s’apaise peu à peu. Comme un rythme cardiaque qui revient à la normale.]

    Ahmed (étonné, admiratif)
    — Donc juste en ajoutant une molécule manquante… le corps s’auto-répare ?

    Hélène
    — C’est comme si on donnait la bonne partition à l’orchestre. Les cellules savent quoi faire. Il suffit de leur donner les bons outils au bon moment.

    Ahmed
    — Mais… ce n’est pas dangereux de mettre une enzyme venue de l’extérieur dans un corps humain ?

    Hélène
    — Très bonne question. C’est pour ça que c’est encore en phase de recherche. On doit s’assurer que l’enzyme est bien tolérée, qu’elle agit au bon endroit, au bon moment… et qu’elle n’a pas d’effets secondaires.

    [SON — zoom dans un flacon, frottement de métal, fond sonore de machines de biofabrication.]

    Ahmed
    — Et elle vient d’où cette enzyme ? On la trouve dans la nature ?

    Hélène
    — On l’a fabriquée. En laboratoire INRAE, sur le site de Jouy-en-Josas, l’équipe de Philippe Langella, directeur de recherche au sein de l’unité MICALIS, a produit cette enzyme. Ensuite, elle est purifiée, testée, et administrée dans des modèles animaux, notamment des souris atteintes d’inflammation.

    Ahmed (impressionné)
    — C’est comme de l’artisanat de précision. De la bio-ingénierie sur mesure.

    Hélène
    — Exactement. Et ce qu’il faut comprendre, c’est que cette approche est très différente des médicaments classiques. On ne bloque pas un symptôme. On restaure un équilibre qui a été perdu.

    [SON — écho doux, montée d’un thème “récupération, espoir”.]

    Ahmed
    — Et l’idée, c’est quoi ? Que dans le futur, on pourrait injecter cette enzyme à des personnes comme Maxime… et leur éviter des années de douleurs ?

    Hélène
    — C’est l’espoir. Mais il faudra encore du temps. Des essais cliniques. Des validations. Parce que soigner sans dérégler autre chose, c’est toujours un équilibre délicat.

    Ahmed (réfléchissant)
    — En fait, cette enzyme… c’est une médiatrice. Elle empêche les excès, elle calme les tensions, elle restaure la paix. C’est une diplomate moléculaire.

    Hélène (sourire dans la voix)
    — Une diplomate très efficace. Et surtout, une nouvelle façon de voir la médecine en  accompagnant et guidant. Et laisser le corps redevenir son propre allié.

    [SON — ambiance de fin de parcours, musique douce et montante, sons de surface qui réapparaissent : souffle du vent, battement de cœur apaisé.]

    Ahmed
    — C’est fou. On a traversé un monde entier… et tout ça était dans le ventre de Maxime.

    Hélène
    — Ou dans celui de n’importe qui. Parce que ce déséquilibre-là touche de plus en plus de gens. Des enfants, des adultes, des personnes âgées. Et souvent… sans qu’on sache quoi faire.

    [SON — bruits de pas qui remontent un escalier, transition organique vers un environnement plus neutre.]

    Ahmed (réfléchissant à voix haute)
    — Jusqu’ici, on avait surtout des médicaments pour calmer la douleur ou bloquer l’inflammation. Mais cette enzyme, ce n’est pas juste un pansement. C’est un vrai guide.

    Hélène
    — C’est ça, le changement. On ne combat pas le corps. On l’aide à retrouver son cap.

    Ahmed
    — Mais alors… est-ce qu’un jour, on pourrait prévenir ces maladies ? Avant même qu’elles ne se déclarent ?

    Hélène
    — C’est le rêve. Grâce à ce qu’on comprend du métabolisme, on pourrait peut-être repérer très tôt les premiers signes du déséquilibre. Et intervenir avec douceur. Avec précision.

    [SON — frottement d’un écran tactile, voix d’interface douce.]

    Ahmed
    — Tu imagines ? Un jour, on ferait une simple prise de sang, on verrait que le corps s’écarte de la bonne voie… et on le remet sur les rails avant même que les douleurs arrivent.

    Hélène
    — On appelle ça la médecine personnalisée. Une médecine qui écoute le corps avant de le faire taire.

    [SON — retour aux sons du labo : ventilateurs, cliquetis de verre, bruit léger d’analyseur.]

    Hélène (narration)
    — De retour de retour à la base Unys au sein du laboratoire IMOPA du site lorrain on réalise à quel point ces découvertes sont puissantes… et fragiles. Ce sont des pistes, pas encore des remèdes. Il faudra du temps. Des tests. Et de la patience.

    Ahmed (souriant)
    — En attendant, on pourra dire à Maxime qu’on est allés voir pour lui. Et que son ventre… est une sacrée jungle.

    Hélène
    — Une jungle vivante. Pleine d’alliés, de signaux, de chemins possibles. Et si on apprend à les écouter… peut-être qu’un jour, on saura vraiment réparer de l’intérieur.

    [SON – bip d’une alerte sur un écran, froissement de feuilles, son étrange venu d’ailleurs.]

    Ahmed (regarde l’écran)
    — Tiens… c’est quoi ça ? Une alerte du terrain de l’équipe écologie ?

    Hélène (se lève)
    — “Chute soudaine de feuillus. Présence d’un champignon inconnu. Risque de transmission inter-espèces.”

    Ahmed (fronçant les sourcils)
    — Tu crois qu’on passe du ventre aux racines ?

    Hélène (déjà en train d’enfiler une veste)
    — Peut-être. On dirait que cette fois… c’est la forêt qui est malade.

    [SON — transition subtile : sifflement de vent à travers des arbres, craquement de bois, bruissement d’ailes.]

    VOIX OFF
    — Vous venez d’écouter Unysphère. Merci d’avoir voyagé avec nous, à la recherche de l’équilibre perdu. Si vous aussi vous avez un ventre bavard, souvenez-vous : parfois, le corps ne crie pas pour faire mal… mais pour qu’on l’écoute. À bientôt pour un nouvel épisode.

    [GÉNÉRIQUE DE FIN – signature sonore électro-organique, rythmée, petit bip final.]